« Deviens la meilleure version de toi-même. » Le piège d’une promesse
C’est une phrase qui vous veut du bien.
Une phrase encourageante.
Une phrase qui vous propose d’aller de l’avant.
Mais c’est une phrase qui cache quelque chose.
Devenir la meilleure version de soi-même vous invite à croire que vous ne l’êtes pas.
Que vous devriez l’être.
Que c’est l’objectif à atteindre.
En d’autres termes, elle commence par un constat d’échec.
Et c’est là qu’elle devient toxique. On ne se méfie pas d’une phrase qui nous veut du bien. Même quand elle installe en nous un sentiment d’inachèvement.
Sans compter que personne ne sait ce qu’elle veut dire réellement.
C’est quoi, la meilleure version de soi-même ? De quoi est-elle faite ? Est-elle seulement atteignable ? Est-elle seulement réelle ?
En réalité, cette phrase ne dit rien. Elle active juste une chose, l’envie de devenir quelqu’un d’autre. Avec, en arrière-plan, cette idée que si je deviens cette personne, tout ce que je ne veux plus vivre disparaîtra… et tout ce que je veux vivre deviendra alors possible.
C’est là le piège.
« Quand je serai la meilleure version de moi-même, je serai enfin heureux(se). »
Parce que même si cette meilleure version existait, elle ne vous empêcherait pas de douter. Elle ne vous empêcherait pas d’être parfois dans l’inaction. Pas plus qu’elle ne vous épargnerait les émotions inconfortables ou les décisions difficiles à prendre.
La meilleure version de soi-même, c’est l’illusion d’une personne qui n’existe pas. Celle qui a toujours confiance en elle. Qui ne doute jamais. Qui n’est jamais blessée. Qui n’a pas besoin des autres pour être heureuse. Qui ne ressent rien de négatif.
Cette personne n’existe pas. Elle n’est pas humaine.
Courir après elle, c’est s’éloigner de soi.
On n’est pas heureux en devenant quelqu’un d’autre.
On est heureux quand on cesse de se traiter comme un problème à résoudre.