Et si vos problèmes étaient en réalité des solutions ?
Claire se décrit comme une personne très active. Toujours en mouvement.
Elle a remarqué chez elle un schéma qui se répète.
Elle fait beaucoup de choses, mais repousse systématiquement certaines tâches. Toujours les mêmes.
Pas par fainéantise. Pas par oubli.
Juste… elle ne les fait pas.
Et ce n’étaient pas des tâches futiles.
C’était justement celles qui comptaient vraiment pour elle.
Les autres tâches, en revanche, ne lui posaient aucun problème.
Mais ce qu’elle « devrait » faire restait en suspens. Dans un coin de sa tête. Alourdissant une charge mentale déjà bien installée.
« C’est un problème », me dit-elle. « Je ne fais pas ce que je devrais faire.»
Je lui ai demandé quelles seraient les conséquences si elle faisait ces tâches prioritaires.
Ses réponses allaient toutes dans le même sens, avancer, réussir, alléger sa charge mentale.
Que du positif, en apparence.
Je lui ai alors proposé un changement de perspective.
« Et si ce comportement n’était pas un problème… mais une solution ? » « Et si cette procrastination représentait, pour vous, le meilleur moyen d’éviter quelque chose d’inconfortable » ?
Elle a pris le temps d’y réfléchir.
« Imaginez que votre procrastination vous protège de quelque chose. Que la retirer soit une mauvaise nouvelle. Quelle conséquence cela aurait-il pour vous ? »
C’est là qu’une prise de conscience s’est opérée.
En se connectant à ce qu’elle ressentait, Claire a reconnu une peur familière.
La peur d’échouer.
Faire ces tâches, c’était s’exposer.
Se confronter au jugement.
À la possibilité de ne pas être à la hauteur. De faire des erreurs.
Ne pas les faire, c’était, pour elle, une manière de rester en sécurité.
Même si cette sécurité avait un prix.
À partir de là, le travail s’est porté sur le vrai problème.
Sa relation à l’échec.
Pas sur le comportement visible en surface.
Ce que nous appelons « problème » est souvent le meilleur moyen que nous avons trouvé pour éviter quelque chose d’inconfortable.
Non par choix délibéré, mais parce que quelque chose en nous a appris, un jour, que c’était nécessaire.
Ce n’est pas un défaut.
Ce n’est pas un manque de volonté.
C’est une stratégie.
Et si nous la percevons comme un obstacle aujourd’hui, c’est parce que nous avons perdu de vue sa fonction d’origine.
Nous n’en voyons plus que les effets, sans toujours percevoir ce qu’elle continue de nous éviter.
Tant que cette fonction reste dans l’ombre, on continue à vivre les effets dont on voudrait précisément se libérer.
Et vous ?
Peut-être qu’il y a quelque chose dans votre vie qui revient.
Un comportement que vous voudriez changer.
Qui résiste, malgré votre lucidité.
Ce n’est pas forcément un obstacle.
C’est peut-être ce qui vous protège encore de quelque chose.
La question n’est plus « comment arrêter ? »
C’est « de quoi est-ce que ça me protège ? »